On me demande souvent : « Comment tu trouves tes idées ? »
La vérité, c'est que je ne les trouve pas assis devant mon écran. Je les trouve en regardant des gens galérer.
Les meilleures idées sont souvent ennuyeuses
Quand on débute, on cherche l'idée géniale. L'appli révolutionnaire. Le « Uber de quelque chose ».
Moi, mes produits viennent de problèmes très banals :
- Motriks vient d'une scène toute simple : des hôtesses de promotion qui envoient leurs ventes du jour en photo sur WhatsApp, et un responsable qui passe sa soirée à recopier tout ça dans un fichier Excel. Les chiffres arrivent en retard, les stocks ne collent jamais, et personne n'a de vue claire.
- EVP (Élevage Prometteur) vient du monde de l'élevage : des éleveurs de volailles et de porcs qui font un travail énorme, mais seuls, sans suivi, et qui perdent du temps et de l'argent juste pour trouver le bon matériel.
- Biolinko vient de commerçants qui vendent sur les réseaux sociaux mais qui n'ont pas de vraie boutique, et qui gèrent leurs commandes à la main dans les messages privés.
Aucun de ces problèmes n'est « sexy ». Mais ils sont réels, ils coûtent du temps et de l'argent, et les gens qui les vivent sont prêts à changer leurs habitudes si on leur propose mieux.
Ma méthode, étape par étape
1. Observer avant de coder
Avant d'écrire une seule ligne, je passe du temps avec les gens concernés. Je pose des questions bêtes :
- Comment tu fais ça aujourd'hui ?
- Qu'est-ce qui t'énerve le plus dans ce processus ?
- Combien de temps ça te prend ?
- Tu as déjà essayé une solution ? Pourquoi tu l'as abandonnée ?
La dernière question est la plus importante. Si les gens ont déjà essayé de régler le problème, c'est qu'il fait vraiment mal.
2. Chercher le bricolage
Mon meilleur signal, c'est quand je vois quelqu'un bricoler une solution : un fichier Excel compliqué, un groupe WhatsApp détourné, un cahier rempli de colonnes. Le bricolage, c'est un produit qui n'existe pas encore. Mon travail, c'est de le construire proprement.
3. Réduire au cœur du problème
Pour Motriks, j'aurais pu imaginer cinquante fonctionnalités. Mais le cœur, c'était une seule chose : l'hôtesse saisit ses ventes sur son téléphone, le responsable les voit tout de suite. Tout le reste est venu après.
Si je ne peux pas résumer mon produit en une phrase, c'est que je ne l'ai pas encore compris.
4. Construire vite, mais pour de vrai
Je ne fais pas de maquettes pendant des semaines. Je construis une première version qui fonctionne vraiment, avec les outils que je maîtrise (Laravel, React, Inertia), et je la mets entre les mains des utilisateurs.
Pourquoi aller vite ? Parce que tant que personne ne l'utilise, tout ce que je crois savoir n'est qu'une hypothèse.
5. Écouter ce que les gens font, pas ce qu'ils disent
Les gens te diront souvent « c'est super ». Ça ne veut rien dire. Ce qui compte :
- Est-ce qu'ils reviennent le lendemain ?
- Est-ce qu'ils l'utilisent sans que tu leur rappelles ?
- Est-ce qu'ils en parlent à quelqu'un d'autre ?
Les erreurs que j'ai faites
Je ne vais pas faire semblant que tout a été fluide. J'ai :
- construit des fonctionnalités que personne n'a jamais utilisées ;
- passé trop de temps sur des détails techniques invisibles pour l'utilisateur ;
- sous-estimé le temps qu'il faut pour qu'un utilisateur change ses habitudes.
À chaque fois, la leçon était la même : revenir sur le terrain.
En résumé
Si tu cherches une idée de produit, arrête de chercher une idée. Cherche un problème. Va voir les commerçants, les éleveurs, les équipes commerciales, les petites entreprises autour de toi. Regarde comment ils travaillent. Repère ce qui les fait perdre du temps.
L'idée est déjà là. Elle attend juste que quelqu'un prenne le temps de la regarder.




